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Vers le fantastique | pour un dictionnaire

 
    



ŒIL




je me perds - je ne tente pas de raconter un film - mais ce que je garde en moi de ce film - ce vide soudain du réel - ce vide soudain du réel porte un prénom Henry - on ne sait rien de lui - ou presque - on entre dans son œil - on marche dans l'espace indéfini de son temps - Henry marche sur un sol noir boueux troué de flaques - des cratères d ' eau noire - ciel de nuages sombres - et tout au long du film il porte un costume noir trop court pour lui et ses cheveux hérissés sur la tête - devenir l’œil d ' Henry - et s'introduire dans des pièces sonores type broyeur - s'introduire dans l'image frémissante de lumière noire et blanche - expérience de confusion visuelle, de passages alternés d'un monde réel à un autre monde, d'une inquiétude étrange procurée, non pas par une histoire, par des personnages, mais par ce qui arrive - ce qui va arriver - ce vide soudain du réel - la vie obscure d'usine d' Henry - son arrivée, le repas les assiettes sur la table et autour un père une mère une future épouse et dans un plat, une viande qui gicle sa substance noire et bouge - rien ne se dit - et les voix sont celles des murs celles du corridor et - l'enfant au corps reptilien, l'enfant au visage à la chair à vif - on se souvient de ses pleurs peut être humains - et la voix - celle de ce jeune homme qui cherche le rêve - qui cherche un rêve - on plonge dans la recherche - on plonge dans sa recherche - on continue à expérimenter avec notre œil ce vide soudain du réel - et on traverse le temps avec Henry - on penche notre visage on tend notre cou on veut - non pas voir plus - non pas voir mieux - on veut fermer les yeux - sombrer dans la voix de la chanteuse au visage de boursouflures et au sourire d'enfant - ce vide soudain du réel cette voix ce corps enfermé sur une scène de musichall - et Henry frôle le paradis dans sa lumière blanche - " In Heaven, everythingisfine " susurre la voix de la chanteuse - on est le rêveur aux aguets - on entre dans un corridor une porte s' entrouvre sur - éclipse d'un corps sensuel - ce vide soudain du réel dans la fascination de l'exil des sensations connues - 



 Vers le fantastique, été 2015,  atelier d’écriture en ligne proposé par François Bon, sur Tiers Livre.   10 propositions d’écriture pour approcher le fantastique collectivement. " Un défi : le meilleur de l’atelier c’est dans le partage oral, dans la contrainte commune du temps, dans le moment de restitution partagée. Comment inventer des formes qui restituent cette densité à distance, et d’écran à écran ? " 
 

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